Philippe Jovignot, Président de la société Rhapsody

Quel avenir peut-on raisonnablement imaginer pour le programme dédié à la redynamisation des centres-villes des 220 villes moyennes éligibles ? Depuis 2008, nous avons assisté à une dégradation lente, mais continue de l’attractivité des centres-villes, essentiellement due au déclin de l’activité des commerces, et plus particulièrement dans le domaine de l’équipement de la personne, – principal et essentiel moteur du développement commercial en France. Puis, un véritable « tsunami » s’est abattu sur l’activité commerciale avec successivement : les risques d’attentats, les manifestations des Gilets Jaunes, et enfin, le COVID-19 !

Aujourd’hui, le redémarrage de l’économie française est suspendu en grande partie à la capacité de nos institutions publiques (locales et régionales) à relancer très fortement la commande publique sous toutes ses formes, notamment au travers de financements orientés vers le renforcement notable des cœurs de villes de nos cités moyennes. Deux dimensions essentielles doivent être privilégiées, afin que des évolutions efficaces et durables soient réellement observables à moyen terme.

Tout d’abord, le maître-mot : L’attractivité

Toutes les actions à mener doivent être regardées sous cet angle et mesurées en termes d’efficacité. L’unique attention doit porter sur la capacité à attirer le plus de personnes possibles dans nos cœurs de villes, en combinant résidants actuels et futurs (programmes d’habitat) et pratiquants extérieurs (équipements publics, offre ciblée sur des manques criants à l’échelle d’un département, par exemple que ce soit en matière commerciale, culturelle, ludique ou économique).

De même, il faut que les programmes soient centrés sur un seul thème (ensemble commercial ou de loisirs) ou mixtes, et ils ne doivent être validés qu’au regard de leur impact prévisible en termes de fréquentation.

Il s’agira aussi d’assumer le rôle primordial de l’accessibilité des véhicules individuels à proximité immédiate des lieux de pratiques urbaines. Cela est politiquement compliqué, mais il s’agit d’une condition indispensable pour obtenir des résultats notables !

Deuxième évolution majeure : De l’aménagement à la promotion

Depuis plus de 20 ans, le rôle joué par les collectivités publiques a très fortement évolué, puisque nous sommes passés d’un stade d’observateur avisé à celui d’aménageur engagé (notamment à travers les SEM).

Fortement observé avant cette crise du COVID 19, le désengagement des acteurs du commerce (enseignes) et des financeurs pour des projets structurants dans nos villes moyennes (avec un repli massif sur le Grand Paris), conduisait déjà le programme national de redynamisation des centres-villes de nos villes moyennes dans une impasse avec le retrait inévitable des promoteurs (pas de perspective économique sérieuse envisageable).

Cette situation va perdurer pour le moins quelques années et interrompre fortement tous les efforts engagés par bon nombre d’élus motivés et entreprenants ; Il est donc temps pour les collectivités de franchir un second palier en passant du statut d’aménageur à celui de promoteur public !

Le secteur privé jouera, dans un premier temps, un rôle de prestataire technique auprès des services publics, puis, après la réalisation des programmes, celui d’investisseur patrimonial. Peu de risques pour ce dernier et un maximum de chances pour la Collectivité de récupérer sa mise !