« Ainsi ce que j‘avais cru n’être rien pour moi, c’était tout simplement toute ma vie ! Comme on s’ignore ».
Marcel Proust, « Albertine disparue », A la recherche du temps perdu, tome IV, Bibliothèque de la Pléiade, 1989. 
C’est par ces mots que commence le plus beau, à mon sens, de tous les tomes de l’œuvre de Marcel Proust, A la recherche du temps perdu. Cette phrase résonne alors que l’être aimé a disparu; elle est faite autant de remords que de regrets, autant d’étonnement que de conviction.
Et nous sommes nombreux, beaucoup plus que nous le croyons, à penser en chœur que ce que nous avions cru n’être rien pour nous, c’était tout simplement toute notre vie ! Nous serrer dans les bras de nos parents ou de nos enfants, embrasser la main de nos grands-parents ou celle de nos petits-enfants, discuter avec nos amis à la table d’un café… Comme on s’ignore et ce confinement forcé est l’autre nom du « connais-toi toi-même » !