Questions à Christian Prudhomme, Directeur du Tour de France

Nous aurions souhaité voir un coureur français gagner cette étape du 14 juillet, mais la situation sanitaire en a décidé autrement. Comment préparez-vous le Tour qui aura lieu de manière décalée à la fin de l’été ?

On prépare ce Tour, comme les précédents, mais ce sera un Tour que j’espère singulier. Nous avons dû poser un certain nombre de « rustines » sur le parcours, qui ne se voient pas médiatiquement ni sportivement. Par exemple, à Lyon, vous ne traversez pas la ville au mois de juillet, comme vous la traversez au mois de septembre ! A Sisteron, nous avons dû prendre en compte la rentrée des classes. Certaines salles de presse étaient prévues dans les gymnases, mais il a fallu procéder autrement, etc. Sans compter les nombreuses réunions, liées à la pandémie, avec les pouvoirs publics et toutes les parties prenantes. La sécurité sanitaire est fondamentale dans l’organisation de ce Tour de France 2020.

 

En ce jour de fête nationale, quelle est la place du Tour de France dans notre pays ?

Le Tour, c’est un repère ! D’habitude, il symbolise le début des vacances, le sourire de l’été que l’on retrouve au bord des routes. Cette année, nous le retrouverons en septembre. Il y aura peut-être moins de monde et moins de touristes, – du fait de la rentrée -, mais le sourire sera là ! Chacun d’entre nous a des souvenirs du Tour de France. C’est le parfum de l’enfance. On y est tous allés avec notre famille, nos parents, nos frères et sœurs. C’est vraiment l’enfance ! Grâce aux retransmissions, il y a une belle mise en valeur de nos territoires, de nos régions, de nos terroirs. C’est un événement qui apporte de la fierté ; on ressent la ferveur du Tour de France.

Cette année plus particulièrement, il y a une envie de vie, d’événement sportif, peut-être encore plus forte qu’à l’ordinaire.

 

Nombreux sont ceux qui parlent des fractures de notre pays, quel rôle le Tour de France peut-il jouer dans cette période si particulière ?

Le Tour, c’est 3500 kilomètres de sourire… Et même 7000 kilomètres de sourire, de part et d’autre des routes ! Ils sont partagés par tout le monde : les personnes âgées, les jeunes, les Français, les touristes, quelle que soit leur origine sociale.

Je sens depuis une demi-douzaine d’années une fierté encore plus grande des gens d’accueillir le Tour chez eux. Dans certains territoires, les gens se battent tous les jours pour garder des services publics, leur crèche, leur école, leur maternité, etc. Mais le Tour… il vient toujours ! Le jour où le Tour est chez nous, on existe, on est sur la carte. Ils n’auront jamais les Jeux Olympiques, la Coupe du Monde de football, mais ils auront le Tour de France ! C’est ce jeune enfant qui dit : « le Tour de mes rêves, c’est le tour qui passe devant chez moi » ! Cela dit beaucoup de ce qu’est le Tour de France.

La force du Tour, cette année, c’est de traverser 3 grandes métropoles, – Nice, Lyon, Paris -, des villes moyennes, mais aussi deux petites bourgades, Sarran et Loudenvielle. Tous les ans, le Tour de France fédère !

 

Le Tour de France, c’est la France des villes et des territoires. Les « cartes postales » du Tour sont à la fois le reflet de l’extraordinaire diversité française et en même temps de son unité nationale. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Je l’explique par le fait que c’est le Tour de France. Dans le Tour de France ; le plus important, c’est « France » ! Il n’y a aucun doute là-dessus. Pendant la période du confinement, le Tour de France dans toutes ses dimensions est apparu plus fort encore que jamais : tout le monde nous a demandé des nouvelles du Tour, etc. Il faut avoir en tête que chaque année, ce sont près de 190 pays qui diffusent les images du Tour et plus de 100 pays qui le retransmettent en direct. L’unité vient aussi du fait que le Tour traverse des grandes, moyennes et petites villes, comme je viens de le dire. On ne pourrait pas imaginer un Tour qui n’irait que dans des petites villes ou seulement dans des grandes villes. Hormis les toutes premières éditions, au début du XXe siècle, où il ne faisait étapes que dans les grandes villes, le Tour est présent partout et chacun peut en rêver. Chacun peut voir sa ville sur tous les écrans du monde ! Chacun peut entendre citer le nom de sa ville en japonais, en chinois ou en encore arabe.

 

Quel est l’état d’esprit des coureurs ? Quel est votre pronostic pour le podium ?

La parenthèse du confinement a décuplé l’envie des coureurs. Il y a eu une forme de régénération mentale, et physique, bien sûr, pendant cette période. La saison sera courte, mais dense. Cette année, ce Tour va partir du sud (Nice), – ce qui est rare dans l’histoire du Tour -, et les coureurs vont rapidement être confrontés à des moyennes montagnes et des montagnes. Une première semaine passionnante, où l’aspect tactique sera déterminant pour les équipes et l’ensemble de leurs leaders.  Avec un seul contre-la-montre, une première semaine déterminante et la haute-montagne décisive, on n’est pas à l’abri d’une surprise ! Le podium est ouvert ; comme des millions de Français et d’amoureux du cyclisme à travers le monde, je suis curieux de savoir comment cela va se passer…