« Je suis convaincu qu’il n’est pas dangereux de jeter son ancre trop loin. Le cours de la vie entraîne de toute manière des rétrécissements et, si le rétrécissement ne peut être évité, on peut du moins l’arrêter et lutter contre lui en se construisant une base aussi large que possible ».

Elias Canetti, Histoire d’une vie : le flambeau dans l’oreille, Albin Michel, 2005

Non, la curiosité n’est pas un vilain défaut ! Elle est au contraire une qualité et peut même être considérée comme la mère de toutes les valeurs. Il faut s’intéresser à tout ! Du moins, à un très grand nombre de choses. La vie a tôt fait de nous rendre monothématiques, hyper-spécialisés et focalisés, tandis que le monde est vaste, dense et tellement divers. Le rétrécissement nous guette et c’est un drôle de paradoxe de penser que plus nous grandissons, plus nous nous rapetissons…

Le philosophe et écrivain Elias Canetti nous donne un conseil très précieux : il faut semer des graines dans mille champs dès le plus jeune âge pour que l’espace des récoltes soit le plus large possible et il ne faut jamais cesser de semer et explorer de nouveaux horizons pour que l’heure des moissons ne prenne jamais fin. C’est sans doute la plus belle leçon pédagogique à l’égard des parents et des enseignants…

En ce temps de confinement, vous pensez à vous former ? Jetez votre ancre le plus loin possible vers une formation qui semble a priori radicalement différente de votre métier, de votre secteur, de vos préoccupations ou de vos domaines de prédilection. Que les DRH se forment au design, que les philosophes s’entraînent au développement informatique, que les datascientists se tournent vers l’artisanat d’art, que les politiques se mettent à la couture et que les architectes découvrent les neurosciences ! Luttons contre notre pulsion d’homogénéité qui nous ramène toujours à ce que nous connaissons, à ce dont nous sommes certains, à ce qui nous identifie et qui nous rend minuscules.