Vous l’avez sans doute remarqué : le monde qui nous entoure est de plus en plus hybride. L’hybride, c’est ce qui est multiple, mélangé, hétéroclite, un peu contradictoire… C’est tout ce qui n’entre pas dans nos cases. Le monde a toujours été hybride, c’est-à-dire qu’il y a toujours eu des personnages, des situations, des lieux, des choses, incasables ou aux multiples identités, mais force est de constater qu’il y a aujourd’hui un phénomène d’hybridation accélérée du monde.

Nos modes de consommation, par exemple, se sont hybridés, entre les magasins et Internet ; on achète en magasin ce que l’on avait repéré sur internet, et réciproquement, on achète sur internet ce que l’on avait repéré dans un magasin. De ce fait, pour faire venir davantage de clients dans ses commerces, le secteur de la distribution a dû hybrider ses modes de commercialisation : de plus en plus, les magasins ou les galeries marchandes vendent non seulement des produits, mais aussi des expériences, des émotions et des sensations. Au-delà des objets, c’est tout un univers émotionnel qui est proposé aux clients. Progressivement, les magasins s’hybrident, au point où la frontière entre magasin, salle de jeu, musée et parc d’attraction s’estompe peu à peu.

La société de services a succédé à la société industrielle, nous le savons depuis un certain temps, mais aujourd’hui, nous entrons dans une société où la frontière entre le produit et le service s’estompe au profit des usages qui les hybrident ; nous sommes désormais dans la société des usages. Cette métamorphose en cours du commerce peut être déstabilisante pour les entreprises, car l’hybride rebat les cartes, – de nouveaux concurrents apparaissent -, mais il peut constituer une formidable opportunité, à la fois pour les commerçants et les consommateurs, mais aussi pour les territoires et leurs habitants. Que les centres commerciaux, les galeries marchandes et les commerces comprennent des salles de sport, hébergent des startups, accueillent des artistes en résidence, proposent des expositions de peinture itinérantes, incluent des cours d’informatique pour les personnes âgées et des ateliers d’artisanat pour les enfants !

C’est seulement si les lieux, les équipements, les commerces, s’hybrident en proposant des usages différents, qu’il pourra y avoir une véritable mixité sociale, une vraie solidarité intergénérationnelle, des développements économiques durables, et bien sûr, un fonctionnement plus respectueux de l’environnement.

Dernier livre paru, Tous centaures ! Eloge de l’hybridation, © Editions Le Pommier, Paris, 2020