Questions à Vanessa Perez, Directrice de la communication de l’EIT Digital, auteure d’Entrepreneurs d’un monde nouveau (éditions Kawa)

 

Vous avez écrit « Entrepreneurs d’un monde nouveau » livre paru en juin, pouvez-vous nous dire ce qui vous a poussé à ce projet ?

J’ai toujours eu l’intime conviction qu’il existait forcément un dénominateur commun partagé par tous ceux qui accomplissent leurs rêves, que l’on soit entrepreneur, salarié, bénévole ou artiste. J’ai ainsi voulu montrer que «Entreprendre», c’était avoir la force de croire en sa singularité, pour contribuer collectivement à un monde de progrès sans pour autant céder à l’injonction de « faire entrepreneur » au seul sens économique du terme.

Tel un scientifique, je suis allée – à la rencontre de personnalités visionnaires, d’artiste, de chercheur et de capitaines d’industrie* que j’admirais pour décrypter en profondeur leur vision et me convaincre que toutes les vies peuvent être de belles entreprises à faire fructifier.

*Bertrand Piccard (Solar Impulse), Serge Papin (Système U), Gad Elmaleh (Artiste), Clara Gaymard (RAISE), Maurice Levy (Publicis), Yves Guillemot (Ubisoft), Luc Julia (Samsung) et le Pr. José-Alain Sahel (Institut de la Vision)

 

Vous avez rencontré de nombreuses personnalités dans le monde économique, entrepreneurial, pourquoi avoir pris ces personnalités en particulier ?

Mon parcours professionnel m’a permis de rencontrer ou de collaborer avec l’ensemble des personnalités du livre, à l’exception de Steeve Jobs et Jack Ma. Je les ai néanmoins toutes rencontrées dans un contexte professionnel qui régulièrement sonnait le temps de l’urgence, des enjeux et parfois de la hiérarchie. Tous ces facteurs pouvant bien évidemment brouiller une forme de sincérité et d’authenticité, j’ai souhaité faire un cheminement me permettant d’inscrire notre échange dans un temps long, sans autre enjeu que celui d’être « vrai ». Un temps garant d’une authenticité impérieuse pour réaliser ce subtil exercice fondé sur la confiance et la sincérité.

 

Nous parlons beaucoup de parité, de diversité, d’égalité des chances… Mais dans votre ouvrage ne figure qu’une femme dirigeante ? Pourquoi ?

Dans le cadre des entretiens menés pour concevoir « Entrepreneurs d’un monde nouveau », je souhaitais exclusivement rassembler une sélection de profils que j’avais rencontrés et refléter ainsi une réalité qui avait été la mienne. Certes, la parité eut été un idéal pour moi – même si elle ne se reflète pas dans l’ouvrage – mais tordre la réalité en augmentant artificiellement tel ou tel quota de profils n’aurait nullement été conforme à ce souci de vérité.

J’aimais bien utiliser un mot utilisé par un poète Philippe Jaccottet qui se qualifie de « porte-regard ». A travers « Entrepreneurs d’un monde nouveau », j’ai souhaité jouer le rôle de « porte-regard », c’est-à-dire quelqu’un qui regarde et écoute le monde avec une forme de précaution et surtout de vérité. Un regard qui s’oblige à ne surtout pas dénaturer la perception que l’on pourrait avoir du réel, un regard de la simplicité, qui est au final le plus vrai et le plus authentique des regards pour appréhender et décoder le monde.

Ici, l’innovation et les valeurs n’ont pas de genre et il est bien ici question de valeurs. Ceci n’empêche bien évidemment pas de noter qu’aujourd’hui, il n’y a plus de femme dirigeante à la tête d’entreprises du CAC 40, même si l’équilibre est grandement en train d’évoluer au niveau des conseils d’administration et de surveillance – que ce soit pour le CAC 40 mais aussi le SBF 120. Je tiens dailleurs, à cette occasion, à saluer l’immense travail réalisé par Véronique Préaux-Cobti dans le cadre du Board Woman Partners qui permet chaque jour davantage aux lignes de bouger.

 

Qui sont aujourd’hui les entrepreneurs d’un monde nouveau?

Les entrepreneurs d’un monde nouveau sont finalement celles et ceux qui sauront agir pour les vraies et les bonnes raisons. Ils sont les pionniers de l’innovation humaniste, responsables et bienveillants, les engagés, les inspirés, les audacieux, les altruistes, les « doers ». Ceux qui aspirent à agir dans le but de créer un véritable impact au service de la planète et du vivant, pour tous et pour chacun.

Ceux qui agissent et réalisent des gestes magnifiques dans le silence du quotidien. Ceux qui offrent un personnage cohérent aux réalités et écueils rencontrés sur le chemin de l’accomplissement. Ceux qui donnent du sens et accomplissent leur rêve pour que demain soit encore meilleur qu’aujourd’hui.

Leur instinct de survie, c’est l’anticipation. Il semble que nous nous dirigions vers un monde à la recherche de l’hyper singularité que ce soit en termes de vision, de valeurs ou de qualité d’exécution avec des profils dont la singularité – au-delà des compétences – va entrer en parfaite résonnance avec le projet d’entreprise pour contribuer à la création de valeur et au progrès.

Luc Julia l’explique parfaitement dans « Entrepreneurs d’un monde nouveau », alors que je l’interroge sur le rôle à venir des robots dans l’entreprise. « Le nouveau dirigeant sera celui qui saura re-considérer l’humain, parce que l’humain, c’est le seul fioul de l’innovation. Seul un dirigeant doté d’une véritable singularité, d’une vision et d’un instinct critique seront à̀-même de guider des troupes et générer le désir et la qualité́ d’innovation. »

Cette réponse traduit la nécessaire convergence de valeurs personnelles et professionnelles au service d’un projet global. Il ne peut s’agir que d’un profil capable de s’illustrer dans sa « vérité d’être » et qui porte en lui les ressources clés de l’équation.

J’aime bien cette phrase de Louis Lavelle dans « L’erreur de Narcisse » : « Il faut que chaque être agisse dans le monde comme s’il avait conscience d’avoir été choisi pour une tâche qu’il est le seul à pouvoir remplir ».

 

Trouvez-vous qu’il y a encore plus de place dans le monde d’aujourd’hui pour les entrepreneurs d’un monde nouveau ?

Comme toute crise, celle que nous avons vécue va créer des bouleversements. Elle va être la source d’une nouvelle donne professionnelle avec notamment un marché du travail de plus en plus difficile. Cette situation est néanmoins une opportunité pour se réinventer, repartir et concentrer son énergie en donnant à son action le sens que l’on souhaite qu’elle ait pour soi, pour les autres et pour la planète pour finalement s’accomplir. En ce sens, peut-être allons-nous entrer dans l’ère des « entrepreneurs d’un monde nouveau ».

 

Pensez-vous que tout le monde peut entreprendre ?

La définition d’entreprendre c’est « S’engager dans le projet d’être acteur de son devenir au service de l’intérêt général »

« Entreprendre », c’est avant tout un état d’esprit qui consiste à maîtriser son destin et croire en sa singularité pour s’accomplir et s’accomplir, c’est le moteur de la vie.

« Entreprendre », c’est agir, c’est exister au monde par son action et lui donner du sens. C’est proposer son talent au monde. « Entreprendre », ce n’est, au final, rien de plus que la ferme volonté de s’accomplir en dotant son action de sens au service d’un projet plus global … que ce soit en élevant ses enfants, en faisant du bénévolat, en étant salarié ou même artiste.

Le travail de toute une vie, c’est finalement tenter de lui donner son véritable sens.

On peut entreprendre dans toutes les strates de la société, je dirai même que demain, « entreprendre » deviendra plus encore une valeur sociétale qu’une action économique.

La véritable question à se poser n’est pas finalement « ce que l’on veut faire », mais qui l’on veut être et comment il est possible de le devenir ? En résumé, à quoi aspire-t-on à être utile aussi bien à nous, qu’aux autres et à la planète.

 

Nous vivons un moment particulier avec la crise sanitaire, qu’avez-vous envie de dire aux futurs entrepreneurs ?

Je laisserai parler les entrepreneurs visionnaires qui m’ont fait confiance car je crois en la force de l’exemple, et je partagerais quelques-uns de leurs aphorismes :

« Pour réaliser ses rêves, il faut réaliser que l’impossible est parfois dans nos têtes et pas dans la réalité. » Bertrand Piccard (Solar Impulse)

« Les rêves, il faut toujours essayer de les réaliser. » Luc Julia (Samsung)

« Mon parcours m’a enseigné que le travail – quand il est bien fait – est toujours récompensé ». Maurice Lévy (Publicis)

« Les plus grands doivent aider les plus petits » Clara Gaymard (RAISE)

« Nous avons une responsabilité dans l’état du monde et elle consiste à ne pas accepter ce que l’on considère inacceptable ». Pr. José-Alain Sahel (Institut de la Vision)

« Être humble, je crois que c’est la mission de ceux qui accomplissent de belles choses sans avoir à̀ les revendiquer ». Serge Papin (Système U)

Pour conclure en vous disant que nous sommes tous entrepreneurs de nos vies, au service du chacun pour tous.

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