ITW de Monsieur Arnaud Robinet, Maire de Reims

 

Vous avez été réélu maire de Reims avec plus de 66% des voix au premier tour. Vous avez été élu comme d’autres maires dans un contexte particulier et vous aviez d’ailleurs fait partie des élus qui avaient demandé un report du scrutin. Je crois que vous êtes le deuxième maire de Reims à être élu au premier tour. Quelle est la recette miracle ? Avez-vous été élu sur un bilan ou sur un projet ?

Pour commencer, il n’y a pas de recette miracle. J’ai été élu, il y a 6 ans, avec un programme. Je me suis évertué à mettre en œuvre mon programme pendant ces 6 années et les Rémois ont pu voir que je faisais ce que je disais. En ce sens, c’est donc sur mon bilan que les Rémois ont pu juger la crédibilité de mon projet pour les élections municipales. Les deux sont donc indissociables. Les Rémois ne m’auraient pas fait confiance si je n’avais pas respecté ma parole durant mon mandat, mais ils ne m’auraient pas davantage fait confiance si je n’avais rien eu à leur proposer pour cette seconde étape.

Par ailleurs, j’ai aussi vécu mon mandat de maire à 100%, tous les jours sur le terrain en étant présent aux côtés des Rémois et en répondant à toutes les sollicitations. Un mandat de maire, c’est d’abord de la proximité avec les habitants et je crois que les Rémois ont reconnu mon engagement de chaque jour pour Reims. C’est évidemment une énorme reconnaissance et je peux vous dire que la confiance que les Rémois m’ont témoignée est une vraie fierté et un immense honneur.

 

La crise du Covid-19 qui a touché fortement la région Grand Est, vous a-t-elle conduit à modifier votre programme électoral et changer la nature de certains de vos projets ? Vous avez récemment écrit au Président de la République au sujet de la reconstruction du CHU de Reims. La santé et la « silver » économie ne devraient-elle pas désormais être au cœur de nos préoccupations ? 

La santé est un enjeu qui faisait partie des thématiques que j’avais mises en avant lors de la campagne. Parce que je suis très attaché à l’idée que l’on puisse avoir une ville « Healthy » et donc nos engagements reflétaient cette attente. Malgré les dépenses supplémentaires et les recettes en moins engendrées par la crise du Covid, grâce à la bonne santé budgétaire, notre programme reste crédible. Il présente de beaux investissements qui ont pour optique de verdir notamment notre ville ; ce qui répond d’ailleurs à un enjeu de santé publique. Nous avons décidé d’adapter certaines politiques comme la pérennisation de la cellule d’appel aux personnes fragiles.

Avant la crise, la santé était déjà une préoccupation très forte des Français, forcément la crise est venue renforcer cette urgence, raison pour laquelle, j’ai attiré l’attention de l’Etat sur la reconstruction du CHU, parce que des enjeux forts se sont révélés à l’occasion de cette crise et il m’apparaît important de tirer les enseignements des manquements que nous avons connu.

 

L’ensemble des élus locaux semblent tous convaincus que la crise a précipité la possibilité d’ouvrir « une nouvelle donne territoriale », selon l’expression d’Emmanuel Macron, « une nouvelle génération de libertés locales », affirme Gérard Larcher ? Qu’en pensez-vous ?

Une nouvelle phase de décentralisation est absolument nécessaire. Je crois que cette décentralisation doit permettre aux territoires de faire, d’innover, d’essayer. Que ce soit en matière économique, de sécurité, d’éducation, de transports, de culture… Cette décentralisation doit permettre de faire du sur-mesure. Chaque territoire doit donc pouvoir bénéficier de latitudes différentes, en fonction de ses besoins, de ses spécificités.

Par le biais de « contrats d’initiatives territoriales », l’État et les collectivités, via une concrétisation entre les maires et les préfets, doivent s’engager à travailler sur des compétences définies ensemble pour lesquelles des marges de manœuvres supplémentaires seraient laissées aux collectivités, pour s’affranchir de certaines contraintes et permettre la création de dispositifs d’exception et d’expérimentation sur les territoires.

Ce contrat local, pluriannuel, doit supplanter les schémas, plans, et dispositifs en tous genres auxquels plus personne ne comprend rien. Il permettrait de relancer l’esprit d’initiative et faire cesser le sempiternel « ce n’est pas possible » pour passer à l’ère du « essayons ensemble ce qui peut fonctionner ».

 

De nombreux débats émergent lors de cette sortie de crise, notamment sur le plan économique. Certains prônent les relocalisations, d’autres demandent à accélérer la transformation numérique. Qu’en pensez-vous ?

C’est classique des temps de crise et surtout des sorties de crise de demander des bouleversements pour changer de manière de faire. C’est valable bien plus largement  que pour l’économie. Mais concernant la donnée économique, le confinement a mis en avant un certain nombre de changements dans les manières de travailler. Ainsi l’option du télétravail a-t-elle connu un boom sans précédent et il y a fort à parier que la tendance soit durable. Ce qui va d’ailleurs bénéficier à des villes comme Reims dont le cadre de vie et la proximité avec Paris rendent l’envie de télétravailler à Reims intéressante.

 

La thématique écologique est l’une des grandes gagnantes de ces élections municipales. L’écologie urbaine, la transition énergétique ou encore la rénovation énergétique s’inscrivent aujourd’hui au sein des politiques publiques nationales et territoriales. Comment allez-vous inscrire la ville de Reims dans cette dynamique ?

La ville de Reims s’est déjà inscrite dans la dynamique écologique. Mais je suis persuadé que c’est par une écologie incitative, qui place l’initiative et la responsabilisation de chacun, qu’on arrivera à faire avancer le sujet, davantage qu’en misant sur la punition ou l’interdiction. L’un des grands enjeux (en terme, de santé, de régulation thermique et de biodiversité) que je portais durant cette campagne était le verdissement de la ville. Il ne s’agissait pas pour moi de promettre le plus d’arbres plantés mais bel et bien  d’avoir un projet cohérent avec un objectif d’un espace à 300m de chaque Rémois. La question des mobilités m’a aussi beaucoup mobilisé, avoir un réseau de bus propre, efficace et rapide comme véritable alternative à la voiture va également permettre de diminuer le trafic routier.

 

L’affaire Traoré a révélé un malaise ou un mal-être d’une partie de la société française. Une polémique est née notamment autour des statues de certains personnes célèbres, tel Colbert qui est né à Reims. A la citoyenneté française semble désormais se substituer des identités culturelles, territoriales, religieuses, sociales… Comment aujourd’hui penser un nouveau pacte républicain et social ?

Sur la polémique Colbert, on est tombé dans une sorte d’escalade à laquelle j’ai souhaité mettre vite un terme. Colbert est un Rémois. Il n’a pas inventé l’esclavage et en faire une figure de l’esclavage est faux aussi bien que réducteur. Mais cette polémique illustre bien que de plus en plus, nous vivons les uns à côté des autres. Voire de plus en plus, les uns contre les autres. On accepte mal les différences des autres pour revendiquer sa propre différence. C’est en grande partie dû au fait qu’on reconnaît désormais de plus en plus l’individu dans ce qui fait ses spécificités, plutôt que dans ce qui fait ses points communs avec les autres. Il n’y a pas de recette miracle pour remédier à cela, mais l’un des premiers ferments d’unité, c’est l’école. Le second, c’est d’être intransigeant avec ceux qui font commerce de la lutte pour les revendications communautaristes ou religieuses. Si les pouvoirs publics et en particulier locaux refusent de jouer avec le feu, comme on a pu le voir par le passé où le clientélisme a joué à plein, on a peut-être un espoir de réduire cette fracture.