Tribune de Martine Meheut, Philosophe, présidente d’honneur de « Citoyennes pour l’Europe »

Le bégaiement lamentable des Etats en début de crise, l’arrêt de la cour constitutionnelle de Karlsruhe remettant en cause la suprématie du droit européen sur le droit national, les infractions répétées depuis longtemps ici et là à l’Etat de droit, auraient pu nous faire désespérer de l’Europe.

Mais, fi la peur des fourmis vis-à-vis des cigales, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont proposé ensemble le 18 mai dernier la création d’un instrument de dette européenne. Déjà la crise du COVID-19 avait fait voler en éclats le sacro-saint Pacte de stabilité. Cette fois, le 27 mai, c’est Ursula von der Leyen qui produit un moment hamiltonien (Hamilton en 1790 avait créé une dette fédérale, faisant passer les Etats-Unis d’une confédération à une fédération). Elle fait tomber les dogmes en présentant un plan de relance de 750 milliards d’euros répartis entre subventions (500 milliards) assorties de gages (Green deal et compétitivité) et prêts (250 milliards). Les dettes seront payées entre 2028 et 2058, en partie grâce à des ressources propres (taxes digitales, droits d’émission de CO2). La Commission pourra ainsi lever elle-même des impôts.

L’Union européenne possédait déjà des compétences exclusives (un marché unique, la compétence en matière de négociations de traités commerciaux), un outil de nature fédérale avec les fonds distribués aux Etats membres, l’Euro géré par la BCE. Nous voyons maintenant se profiler, avec ce plan de relance, les contours d’un Trésor européen.

Le temps n’est plus à la frilosité nationale, Ursula van der Leyen l’a compris : elle est devenue téméraire. En ce printemps 2020, l’Europe a pris des senteurs bien fédéralistes. Il reste à souhaiter que les frimas n’éteignent pas cet élan de solidarité annonciateur d’une Europe politique.