Laissons-leur le temps… La plupart des architectes sont aux prises avec l’urgence. Comment sauver une agence mise subitement à l’arrêt ?
Et comment survivre sans nouveaux projets ?
Les semaines passant, il faudra trouver autre chose à faire qu’éteindre les incendies. Soit la maison aura brûlé, soit le danger, économique au moins, sera en partie maîtrisé; mais nous tous, toujours confinés. Il sera alors temps de réfléchir. Ce qui ne nourrit guère, mais permet de rester éveillé et, peut-être de préparer l’avenir.
Après un, deux, (trois ?) mois passés intégralement dans des appartements conçus depuis quarante ans comme des « produits immobiliers » destinés à enrichir ceux qui les fabriquent autant qu’à loger ceux qui les habitent, il est probable que chacun regardera d’un autre oeil son petit ou grand chez-soi. Probable aussi que chacun aura eu le temps d’expérimenter les dysfonctionnements de la cuisine ouverte, des chambres trop petites, de l’absence de balcon, du désagrément des salles de bains aveugles, du manque de soleil et de vue et plus généralement de la compression des surfaces…
Comment améliorer le modèle comme dirait Boris Vian ? Peut-être en osant le retourner complètement en optant pour un plan B qui rendra plus confortables les séjours prolongés, ou tout simplement la vie quotidienne. Suivant l’exemple de la maison Hamlet de Ricken Yamamoto où cohabitent plusieurs familles sur plusieurs étages dont les mouvements sont organisés en parcours ou en détours respectant les envies de se voir et le droit de s’éviter. Pourquoi ne pas penser le logement comme le propose l’architecte Sophie Delhay dans un immeuble à Dijon, comme l’assemblage de pièces de même taille dont les habitants décident eux-mêmes de la destination. Ou en en inversant le sens du passage de l’extérieur vers intérieur. A la place d’une entrée unique vers une pièce commune, -généralement le salon- qui dessert les autres, privées, pourquoi ne pas imaginer des chambres ouvrant chacune sur l’extérieur, menant, par une autre porte à un espace commun. Et le foyer comme l’accueil d’individualités invitées à se réunir quand elles le souhaitent, autonomes le reste du temps. Quid des espaces collectifs lorsqu’ils ne sont plus accessibles, mutualisés mais pas partageables ?
Sans annoncer que la crise deviendra la norme, il faut peut-être se préparer à d’autres événements de ce type, liés à d’autres fléaux, caniculaires par exemple. Les architectes auront bientôt beaucoup plus de temps pour y réfléchir. Peut-être devraient-ils, avec tous ceux qui fabriquent la ville, aménageurs, promoteurs, investisseurs, s’y confronter tout de suite. Le rendu des projets du village des médias des Jeux Olympiques est prévu pour le début du mois d’avril. Ces immeubles sont prévus pour être transformés en logements après 2024. Il est peut-être encore temps de les repenser.

Catherine Sabbah
Déléguée générale d’IDHEAL,
L’Institut Des Hautes Etudes pour l’Action dans le Logement
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