Questions à Philippe Van de Maele, Président de l’association HQE-GBC

 

L’Alliance HQE-GBC rassemble les professionnels (syndicats, fédérations professionnelles, sociétés en direct, collectivités, etc.) pour promouvoir « un cadre de vie durable ». Le plan de relance, les nouveaux usages de l’après-Covid, la mise en œuvre des mesures de la convention citoyenne pour le climat, le renforcement du rôle des collectivités locales, tout cela va-t-il vous conduire à rassembler toutes les parties prenantes autour des grands enjeux de l’efficacité énergétique et de l’aménagement des territoires ?

Ce rassemblement autour des grands enjeux était déjà en cours avant la pandémie. Il est dans l’ADN de l’Alliance, dont le nom souligne notre mode d’action : le partenariat, le travail en réseau, l’engagement… au service du cadre de vie durable, incluant le bâtiment, le quartier, la ville, le territoire.

Le fait est que nous réunissons aujourd’hui tous les acteurs engagés dans l’acte de construire avec la volonté d’innover collectivement. Dans ce cadre, notre mission consiste à produire un langage commun pour améliorer les connaissances, accompagner les évolutions des pratiques, préconiser les best practices et, enfin, promouvoir l’approche systémique en réponse aux enjeux multiples auxquels nous devons faire face.

 

Certains élus, urbanistes et architectes considèrent que le volet environnemental, devient la seule priorité au dépend des aspects culturels, sociaux et parfois économiques, qui conditionnent la fabrication de tout espace à vivre. Peut-on encore concilier l’ensemble de ces exigences en ce début de XXI siècle ?

C’est l’essence de la démarche HQE que d’être multicritère. Elle concerne tous les acteurs du bâtiment, de l’immobilier, de l’aménagement et des infrastructures qui souhaitent progresser sur 4 engagements : « Respect de l’environnement », « Qualité de vie », « Performance économique » et « Management responsable », pour lesquels nous avons bâti un cadre de référence : le bâtiment durable pour tous.

Nous sommes convaincus que si les enjeux environnementaux sont essentiels, ils doivent être traités selon une approche globale incluant les enjeux sociaux et économiques qui conditionnent la faisabilité des opérations. Et Il ne faut surtout pas occulter les attentes sociétales fortes et légitimes qui favorisent leur désirabilité.

 

Du Grenelle de l’environnement à la convention citoyenne pour le climat, les pouvoirs publics ont fait de la rénovation thermique des bâtiments une priorité.  Mais isoler la question thermique de celle, bien plus générale, de la place de nos parcs immobiliers, logement et bureaux, aux nouvelles exigences urbaines, est-ce suffisant ?

Là encore, s’il est nécessaire de répondre à l’enjeu de la rénovation thermique, d’autant qu’elle rejoint parfois la question sociale avec la problématique de précarité énergétique, cela n’est pas suffisant. N’oublions pas l’enjeu sanitaire et les écueils parfois de rénovations menées selon le seul critère de la performance énergétique et au détriment de la Qualité de l’air par exemple.

Toutefois, l’enjeu de la rénovation des bâtiments doit être une priorité si l’on veut relever le défi de l’urgence climatique. Sur ce sujet, l’Alliance a d’ailleurs déjà mené des travaux, anticipant aussi une future réglementation :

  • Le Test HQE Performance ACV Rénovation (dès 2017) apporte un cadre méthodologique sous la forme d’un Addendum au référentiel E+C- pour les bâtiments existants et rénovés, quelle que soit l’ambition de la rénovation. Ces travaux ont permis de définir pour une première mondiale une méthode pour l’ACV des bâtiments rénovés valides à tous types de rénovation.
  • Le projet d’étude NZC Rénovation qui permet de trouver des leviers pour réduire les émissions de carbone dans les bâtiments existants grâce aux analyses de cycle de vie (ACV) dans le cadre de rénovation.
  • Le projet de recherche Quartier E+C-, auquel nous participons pour étendre la réflexion des ACV à l’échelle des opérations d’aménagements en neuf ou en renouvellement.

 

Réduire l’empreinte écologique de la construction passe évidemment par la nature des matériaux utilisés notamment bas carbone. Demain, les bétons – recyclables – seront « puits » de carbone ; ils stockeront le carbone. Toujours plus « intelligents », ils contribueront peut-être à construire la ville de demain. Qu’en pensez-vous ?

L’Alliance HQE-GBC n’a pas vocation à préconiser un type de matériau, une solution technique ou un choix constructif. Ce n’est pas la philosophie de la démarche HQE qui au contraire vise à permettre des choix arbitrés et raisonnés sur la base d’informations vérifiées.

L’Alliance promeut donc toute initiative visant à améliorer la connaissance quant aux impacts des projets, grâce, par exemple, à deux leviers essentiels :

  • la Base INIES, dont l’Alliance est propriétaire et gestionnaire, qui met à disposition les données environnementales et sanitaires des produits et équipements de la construction
  • des outils pour l’évaluation des performances au travers de différents test, appelés HQE Performance, qui concernent différents enjeux : économie circulaire, rénovation, quartiers… Nous attendons les résultats des premiers tests fin 2020, début 2021.

 

France stratégie préconise d’atteindre « zéro artificialisation nette » d’ici 2050. Cela passe certainement par une optimisation du taux d’occupation des bâtiments existants, une mutualisation des usages… Pensez-vous que de nouveaux usages des bâtiments puissent avoir des conséquences significatives sur la consommation d’énergie et plus généralement sur le renouvellement urbain ?

L’Alliance a publié en 2018 un cadre de définition de l’économie circulaire dans la construction

Elle y présente 15 leviers identifiés pour plus de sobriété dont « l’optimisation des besoins » qui vise à diminuer la consommation par la demande. Dans le bâtiment, cela implique de réinterroger les besoins d’un point de vue fonctionnel et technique et de les optimiser en travaillant notamment sur l’intensification des usages et des espaces multi-fonctionnels. Ce levier concerne aussi les espaces existants sous-utilisés et représentant une opportunité pour densifier les villes plutôt que de les étendre. D’une façon plus large, pousser la réflexion sur les usages représente un potentiel important d’économies de toute nature.

 

Comment imaginez-vous la ville du futur, avec ses injonctions parfois contradictoires – libérer l’espace tout en limitant l’étalement urbain – faire face à une démographie urbaine croissante et au besoin d’un retour à la nature ?

Besoins de logement, urgence climatique, usages, érosion de la biodiversité, … on le voit l’équation est complexe et des équilibres sont à trouver. La démarche HQE, par la réflexion multicritère qu’elle permet, apporte une réponse sur le mode de faire.

Sur le quoi faire, il nous semble que la ville de demain doit être résiliente. Cette notion invite à considérer la ville comme un organisme vivant régi par des interrelations complexes, qui doit trouver ses propres ressources, qui redonne sa place à la nature, qui développe ses qualités d’agilité.

C’est pour tout cela que l’Alliance souhaite travailler sur un cadre de définition partagé de la résilience appliqué au bâtiment au quartier à la ville et au territoire