Interview de Laurent Kirsch, Secrétaire Général d’OGF, leader français des pompes funèbres

1) Votre Groupe est engagé dans une mission de service d’intérêt général indispensable aux familles et aux collectivités depuis plus de 170 ans. Ce n’est donc pas la première fois que vous avez été confrontés à une crise majeure ; comment avez-vous géré la crise du Covid-19 ?

En effet, à travers son histoire, OGF a traversé de nombreuses périodes exceptionnelles ; la dernière en date avant la pandémie de 2020 était la canicule de 2003 qui avait mis notre Groupe, nos équipes et les familles au premier plan dans une situation grave.

Aujourd’hui encore, le Groupe a su répondre présent, ses collaborateurs ont fait preuve d’agilité et d’implication, afin d’organiser le meilleur hommage possible dans les conditions très difficiles auxquelles nous étions tous confrontés. La grande différence, c’est qu’en 2020, il y avait un risque de contamination de nos équipes, et en conséquence de continuité pour le service aux familles.

 

2) Une grande diversité de métiers (conseillers funéraires, chauffeurs-portiers, marbriers…) sont exercés au sein de votre Groupe. Confrontés aux risques sanitaires, quelles procédures spécifiques avez-vous mises en place pour assurer la protection de vos personnels et celle des familles ?

OGF a, de par sa position dans le domaine du funéraire, un accès direct aux administrations centrales, et notamment à la Direction Générale des Collectivités Locales, mais également au travers de la fédération (CPFM(1)).

Une adaptation quotidienne aux textes et aux directives gouvernementales était nécessaire. Nous sommes également un interlocuteur des préfectures départementales ou bien de zone défense. Ces contacts nous ont permis d’adapter nos opérations avec deux objectifs principaux : la continuité des services funéraires et la protection des familles et de nos collaborateurs.

Ce lien a également été possible en interne en utilisant les moyens de communication moderne, une newsletter était éditée quotidiennement à destination de l’ensemble des collaborateurs du Groupe afin de communiquer au plus vite les consignes opérationnelles.

 

3) Compte-tenu de votre présence sur l’ensemble du territoire national, vous avez une vue globale de la situation. Quelles en sont vos premières analyses? Comment avez-vous géré vos relations avec les collectivités territoriales ?

OGF a constaté une suractivité importante sur les régions Nord, Est et surtout en IDF. Nous avons dû adapter nos capacités d’accueil et déplacer des moyens matériels, mais également des ressources humaines pour venir renforcer temporairement ces régions. C’est une force de notre Groupe de disposer de moyens importants mobilisables. Nous avons par ailleurs salué et récompensé la solidarité et l’investissement personnel dont nos équipes ont fait preuve pendant toute cette période.

OGF est délégataire de 110 villes, communautés d’agglomérations, syndicats ou Métropoles pour la gestion de crématoriums et de chambres funéraires. Toutes les évolutions réglementaires dans la période de confinement et toutes les mesures de déconfinement ont été validées avec nos partenaires. Nous remercions sincèrement la qualité et de la fluidité de ces partenariats qui nous ont permis une parfaite réactivité dans cette période.

 

4) Vous êtes le premier gestionnaire de crématorium en France. Depuis 1994, le taux de crémation en France est passé de 10% à 36% en 2017. Ce développement de la crémation va-t-il continuer à s’amplifier dans les années à venir ?

Oui, c’est le constat que nous faisons, la crémation concernera une personne sur 2 en France d’ici 10 à 15 ans. C’est le résultat des études que nous avons menées et la volonté exprimée par les souscripteurs de contrat de Prévoyance obsèques qui font confiance à notre Groupe et qui expriment le choix de la crémation pour leurs propres obsèques, à plus de 50%.

C’est pour cette raison que nous sommes particulièrement actifs aux côtés des collectivités qui souhaitent mettre en place ce service public qui est aujourd’hui incontournable sur nos territoires.

 

5) La plupart des Français disposent d’un accès à un, voire plusieurs crématoriums. Cependant, certaines parties du territoire demeurent largement sous-équipées. La structuration de l’offre apparaît ainsi comme un enjeu majeur. Quelles sont vos propositions afin de favoriser un maillage pertinent sur le territoire ?

OGF a toujours porté et soutenu la mise en place d’un schéma national des crématoriums qui permettrait une implantation raisonnée des établissements et mobiliserait les investissements pour rapprocher ce service public de chaque Français en lui donnant le choix de ce mode de sépulture sans avoir à traverser un département avec l’ensemble de ses proches !

 

6) Vous êtes, à ma connaissance, la seule entreprise de services funéraires à posséder des sites de production de cercueils en France. Vous avez développé tout un tissu de fournisseurs de proximité dans de nombreuses régions du pays. Comment travaillez-vous à la coordination de l’ensemble des acteurs essentiels à la réalisation des services funéraires ?

OGF a toujours soutenu l’emploi local par son maillage territorial et ses implantations (plus de 1000 agences). A travers la crise que nous venons de traverser, nous sommes satisfaits d’avoir fait le choix de conserver sur le territoire national notre outil de production. OGF est le premier producteur européen de cercueil sur ces 2 usines situées à Reyrieux dans l’Ain et à Jussey en Haute-Saône qui ont su se mobiliser, elles aussi, pour augmenter nos capacités de production.

Ces dernières années, des investissements massifs sur ces deux sites ont vu le remplacement des chaudières historiques par des équipements de dernière génération plus économiques, utilisant les copeaux de bois pour la génération de vapeur d’eau qui alimente les séchoirs à bois et les outils de production. Une boucle vertueuse qui préserve l’environnement.

 

7) Votre secteur, comme d’autres, doit évoluer en prenant en compte les nouvelles exigences environnementales. Quelles initiatives avez-vous prises dans ce domaine ?

Au niveau du Groupe, c’est un véritable état d’esprit orienté vers la limitation de nos impacts sur l’environnement. Il s’exprime par exemple par la réalisation d’un Bilan des Emissions de Gaz à Effet de Serre tous les ans, là où la réglementation l’impose seulement tous les 4 ans. Nous mesurons ainsi le résultat des efforts que nous menons.

En 2019, nous avons diminué de 8% les émissions de notre flotte automobile (3200 véhicules), notamment par notre politique d’achats et le développement des véhicules électriques qui intègrent aujourd’hui notre parc.

 

8) A toutes ces familles endeuillées, qui parfois n’ont pas pu rendre un ultime hommage à leurs proches, quel message souhaitez-vous adresser ?  

Notre première mission est d’accompagner les familles avant, pendant et après les obsèques. Nous nous devons d’être force de proposition et nous déployons d’ailleurs aujourd’hui une nouvelle offre qui doit permettre à chaque famille de réaliser l’hommage qui lui convient, y compris dans le contexte particulier que nous venons de vivre.

Sans nous limiter aux familles qui ont dû organiser des obsèques dans la période de confinement, il nous semble aujourd’hui opportun de proposer une certaine récurrence dans le rituel de souvenir.

Comme c’était le cas par le passé dans un cadre religieux, nous pouvons saisir l’opportunité de la date anniversaire d’un décès pour que les proches, qui ne pouvaient peut-être pas se déplacer pour les obsèques, soient conviés à une nouvelle cérémonie de mémoire individuelle et personnalisée.

Chacun trouvera ainsi le temps de recueillement qui n’avait pas été possible dans l’urgence lors du décès ou pendant la période que nous venons de traverser.