Dimanche dernier, le 28 juin 2020, s’est déroulé en France le second tour des élections municipales. Alors que certains s’interrogent sur la véritable légitimité du scrutin, due à une très faible participation, d’autres qualifient ces résultats d’événement historique inédit et révélateur de la déferlante d’une vague verte ! Tendance nationale de fond ou pas, ces résultats traduisent en tout cas, la volonté des Français, en particulier des habitants des grandes villes, de placer les préoccupations environnementales au cœur des politiques locales.

Plusieurs points marquants ont été soulignés par les différents organismes de presse européens.

Le premier point concerne l’affaiblissement du pouvoir du Président Emmanuel Macron et la montée significative de ses opposants politiques. Bien que trois ans plus tôt, le jeune parti présidentiel avait remporté la majorité des sièges à l’Assemblée Nationale, aujourd’hui, la donne a bel et bien radicalement changé. Alors que la droite républicaine a réussi son pari, en réaffirmant son implantation dès le premier tour et en gagnant un bon nombre de villes de plus de 9000 habitants, le PS a, lui aussi, remporté de nombreuses mairies dans des villes clef comme Paris ou encore Lille. En Grande Bretagne, la BBC relate par ailleurs : « Ce fut également une soirée réussie pour le parti d’extrême droite du Rassemblement national, dirigé par la candidate à la présidentielle de 2017, Marine Le Pen. L’un de leurs candidats a pris la ville de Perpignan dans le sud – la plus grande ville que l’extrême droite ait gagnée depuis les années 1990. « .

Une autre illustration de la défaite du parti au pourvoir LREM – qui n’a remporté aucune mairie – serait la perte de la ville de Lyon par Gérard Collomb, pourtant au pouvoir à la mairie depuis 2001 et ancien ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron. Le quotidien centre-droit libéral suisse Le Temps a publié : « Le meilleur résumé de ce second tour des élections municipales françaises se trouve sans doute à Lyon. La capitale des Gaules fut, durant la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, le tremplin vers la victoire pour ce dernier, dont le meilleur allié était en 2017 le maire sortant socialiste, Gérard Collomb ». De même, le journal britannique social-libéral The Guardian a écrit de façon plus neutre : « Lyon, la troisième plus grande ville de France, a changé de couleur, l’ancien vétéran maire socialiste Gérard Collomb, représentant du LREM, a perdu face au candidat EELV. ».

Paris : élection Anne Hidalgo
Enfin, l’ultime – et non des moindres – défaite pour LREM est la grande victoire de la candidate Anne Hidalgo (PS), la maire sortante, alliée aux écologistes, à la mairie de Paris. Celle-ci, en remportant 48,49% des scrutins, a largement devancé ses concurrentes, la candidate de droite Rachida Dati et l’ancienne ministre de la santé, Agnès Buzyn. « Le camp de Macron, quant à lui, est confronté à des humiliations, notamment à Paris, où la socialiste en place Anne Hidalgo est la grande favorite après avoir uni ses forces aux Verts. » – avait publié juste avant le second tour, le quotidien britannique conservateur The Daily Telegraph.

Soutenue par Europe Ecologie les Verts et les communistes, Anne Hidalgo a affiché pour les élections un programme résolument social-écolo pour rendre Paris plus « écologique, social et humaniste ».

En vérité, le véritable vainqueur de ces élections est bel et bien le parti Europe Ecologie – Les Verts. Le journal allemand Abendzeitung a sous-titré ainsi son article paru dimanche 28 juin au soir « Fiasco pour le camp central du président Macron : les Verts et les alliés conquièrent plusieurs grandes villes du pays. ».

L’écologie est apparue lors de ces élections municipales comme une préoccupation dominante et un enjeu majeur à prendre en compte dans tout développement futur. « On peut penser que ce qui s’est passé avec la pandémie a accru cette sensibilité aux questions écologiques. Cela explique que la France rejoigne un peu ce qui s’était passé en Suisse, mais aussi en Allemagne », a déclaré le président du Comité d’histoire parlementaire et politique en France, Jean Garrigues. En suisse, la plateforme d’actualité RTS a rapporté « De Lyon à Strasbourg en passant par Bordeaux, les grandes villes se sont donc parées de vert dimanche soir, à l’issue d’un second tour qui a confirmé, et même amplifié, les espoirs des écologistes nés lors du 1er tour le 15 mars ». Les Français, via cette élection, affirment une confiance nouvelle en la capacité de gestion des écologistes et les mandatent pour passer des mots aux actes. « La stratégie, que les détracteurs ont comparée à une pastèque (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur), a été adoptée dans de nombreuses villes du pays », a souligné le Télégraphe.

Par ailleurs, cette sortie victorieuse des élections municipales pour les candidats verts, qui sont pour la plupart inconnus du grand public, les élève au rang de personnalités politiques nationales majeures, qui entendent peser dans des échanges futurs avec l’exécutif. Cette montée en flèche du parti EELV ces dernières années, offre un nouvel horizon politique pour la présidentielle de 2022. En outre, le nouveau maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, a souligné le caractère historique de sa victoire, car « jamais une ville de cette taille n’a été dirigée par une administration écologiste. Il n’y a pas d’exemples d’autres villes en France, en Europe ou dans le monde. ».

Toutefois, un grand nombre de personnalités politiques, mais aussi de journaux remettent en cause la légitimité de cette élection dont le taux de participation fut historiquement bas. Ainsi, selon l’AFP, Emmanuel Macron aurait exprimé sa préoccupation pour le faible taux de participation aux élections municipales qui, selon lui, est loin d’être une bonne nouvelle. En effet, malgré des précautions sanitaires exceptionnelles (port du masque obligatoire, marquage au sol, écran protecteur en verre, gel hydroalcoolique) et le reflux de l’épidémie, trois mois après un premier tour déjà bouleversé par la crise du coronavirus, ce second round a aussi été marqué par un taux de participation en berne, atteignant seulement les 40%, contre 62,1% lors de l’élection municipale précédente en 2014. Le journal allemand Abendzeitung souligne la faible légitimité du scrutin : « le second tour des élections a touché près de 5 000 municipalités, dont les plus grandes villes du pays. Toutefois, seulement 16 millions d’électeurs ont participé, soit à peine un tiers des inscrits ».

Le quotidien suisse Le Temps a, quant à lui, analysé « L’autre leçon du scrutin est l’abstention massive, proche des 60% – un record depuis 1958 – à la fois preuve des peurs persistantes liées à l’épidémie de coronavirus et du fossé croissant entre les citoyens et les urnes, dans un pays traversé depuis 2017 par des poussées successives de colères, comme l’a montré l’épisode des ( gilets jaunes ) ».

Édouard Philippe au Havre
Enfin, le dernier temps fort de ces élections dans l’Hexagone relevé par la presse internationale est la victoire du premier ministre Édouard Philippe au Havre avec 59% des scrutins.

Celui-ci s’est en effet imposé comme un gestionnaire de crise hors pair lors de la pandémie et, selon les sondages, est beaucoup plus populaire que le Président !

« Le chef de l’État a par ailleurs appelé son Premier ministre Edouard Philippe pour le féliciter de sa « belle victoire » au Havre et prévoit de le voir « un petit moment en tête-à-tête » lundi matin, avant leur réunion avec les membres de la Convention citoyenne pour le climat, a précisé l’Elysée. L’organisation de cette convention sera la « réponse à la vague verte » enregistrée dimanche, selon la présidence », a publié le quotidien belge centre libéral Le Soir.

Edouard Philippe attendra ainsi cette semaine, suite au remaniement gouvernemental prévu par Macron, avant de savoir s’il revient au Havre plus tôt que prévu, ou s’il nommera un suppléant comme maire pendant qu’il demeurera au gouvernement.

La déferlante verte obligera certainement Emmanuel Macron à se réinventer et orienter pour la fin de son quinquennat, sa politique en y intégrant une forte dimension écologique et sociale. Il a d’ailleurs reçu à l’Elysée les membres de la Convention citoyenne sur le climat. Après la France qui semble s’orienter progressivement vers une ligne directrice « verte », une conscience collective écologique pourra-t-elle être également atteinte à l’échelle européenne ?