Interview de Xavier Bonnefont, maire d’Angoulême et président du Grand Angoulême

 

Que symbolise pour vous le 14 juillet ?

Au-delà des aspects historiques que tout le monde donne à cette date, c’est d’abord une journée de communion nationale, qui participe à faire vivre nos valeurs, que sont la liberté, l’égalité, la fraternité. Dans ce bas-monde, c’est important de se rappeler ce qui nous réunit.

Les dernières élections municipales ont été marquées par des mesures de confinement et de précautions importantes en raison de l’épidémie de coronavirus. Vous avez été réélu dès le premier tour maire d’Angoulême avec 52,68% des voix. Comment analysez-vous cette victoire de premier tour ? 

Il ne faut jamais nier les niveaux de participation et l’impact qu’ils peuvent donner, en favorisant toujours les sortants. Les résultats de cette élection sont dus, tout d’abord, à un programme en adéquation avec les attentes des habitants. Cette élection est également le fruit de six années de travail, durant lesquelles nous avons démontré que l’esprit qui nous animait était celui de la proximité et de la recherche constante de solutions pour les habitants dans leur vie quotidienne. Nous avons prouvé que ce n’était pas un simple discours, mais une réalité. Enfin, notre programme laissait une grande place à la transition écologique et énergétique, à travers le développement de poumons verts. La priorité était en effet que chaque citoyen puisse se trouver à moins de 15 min à pied d’un vrai poumon vert dans la ville, afin de bénéficier d’un lieu de pause et de tranquillité. 

Un an plus tard, nous subissons encore les conséquences de cette crise sanitaire, espérant enfin une sortie définitive dans les semaines et les mois à venir. Comment analysez-vous aujourd’hui les rapports entre l’État et les élus locaux depuis le début de la crise ? Certains ont parlé de « revanche des élus locaux », d’autres « d’armée des ombres des élus locaux » … Qu’en pensez-vous ? 

Je pense que les uns ne s’opposent pas aux autres. Lors de la crise sanitaire, à un moment donné, il y a eu heureusement une volonté au plus haut de l’Etat de mieux collaborer avec les élus locaux, même ce n’est pas l’alpha et l’oméga d’une collaboration franche et efficace. 

Dans les relations entre élus, préfets, agences régionales sanitaires, on a vu que les choses dépendaient beaucoup des personnalités de chacun et de la manière dont les représentant de l’Etat interprétaient les circulaires. Selon les territoires, certains préfets ont été plus ou moins souples, certains élus ont souhaité être plus ou moins actifs. Si l’État a parfois montré son impuissance, il a su réagir aussi et l’expérience des élus a également beaucoup joué.

Qu’avez-vous pensé des annonces du Président de la République lors de son allocution, lundi 12 juillet 2021 ? Le Président de la république a détaillé les mesures pour « faire porter les restrictions sur les non vaccinés plutôt que sur tous ». Qu’en pensez-vous ?   

Il faut que chacun y mette du sien et si on n’a aucune raison de ne pas se faire vacciner, il est de la responsabilité de chacun de poursuivre l’effort de vaccination. Sinon, c’est tous les autres qui auront à gérer des difficultés pendant de longs mois. Ce n’est pas possible pour la vie sanitaire, la vie sociale, la vie économique. 

La participation électorale est considérée comme l’un des traits les plus caractéristiques de la bonne santé d’un régime démocratique. Or, la participation électorale est moins assurée que par le passé. Doit-on faire évoluer les modalités du vote ? Notre démocratie, la confiance en nos institutions et nos représentants sont-elles devenues plus fragiles ? 

Depuis 7 ans, ce qui m’anime c’est être dans l’écoute, dans l’action, dans l’adaptation. Et ne jamais être dans la démagogie ! Dans un mandat de 6 ans, les attentes de la société peuvent évoluer et cela nous oblige à nous adapter et à ne pas rester figé sur le programme proposé initialement. Il faut savoir accepter que les attentes ont bougé ; c’est un devoir pour nous, élus. Il nous faut également travailler à la réconciliation entre élus locaux et concitoyens. C’est ce que je fais depuis 7 ans pour réduire la fracture entre élus et habitants et faire revenir la confiance et la proximité. Je fais un exercice régulier mensuellement, et même plusieurs fois par mois : une permanence sans rendez-vous. Cet exercice est très enrichissant et me permet de garder les pieds sur terre et de garder à l’esprit ce qui compte vraiment pour nos concitoyens. 

S’agissant de l’évolution de nos modalités de vote, oui, il y a toute une réflexion à mener sur la reconnaissance ou non du vote blanc, sur la question de la proportionnalité, sur la simplification de certains scrutins pour faire mieux comprendre ce qu’ils signifient, sur la simplification des procurations (il y a une surcharge de travail des commissariats de police, alors qu’il y a des agents assermentés dans les mairies), sur le vote électronique (cela a l’avantage de ne pas mobiliser de trop nombreux assesseurs). 

Mondialement connue pour son festival de BD et son Pôle Image Magelis, votre ville s’inscrit aussi dans les caractéristiques des villes moyennes. Quelles initiatives avez-vous entreprises pour redynamiser votre cœur de ville et votre périphérie ? 

Nous nous sommes engagés sur l’amélioration de l’attractivité, par exemple, avec la Ligne Grande Vitesse entre Tours et Bordeaux ; nous sommes désormais à moins de 2h de Paris et seulement à 30 min de Bordeaux. Cela participe au développement de l’intermodalité ; c’est une force pour un territoire de ville moyenne.

Nous sommes également engagés dans toutes les opérations de rénovation urbaine dans le dernier quartier politique de la ville qui se situe dans le secteur de la gare, à travers l’action cœur de ville qui produit beaucoup de résultats, à travers le développement des poumons verts qui améliorent la qualité de vie, à travers le plan de soutien au commerce de proximité à Angoulême et dans le Grand Angoulême. Nous apportons un soutien continu aux festivals et festivités, puisque c’est essentiel pour faire venir du monde dans le territoire. Alors que le commerce est le point de faiblesse du programme Action cœur de ville initié par la Banque des territoires, nous souhaitons à Angoulême lancer un nouveau plan de relance commerciale pour redynamiser un tissu commercial cœur de cité et mener une réflexion sur le fameux dernier kilomètre pour mesurer la pertinence ou le scénario d’une offre qui pourrait être implantée dans l’agglomération et proposée aux commerces indépendants, sans parler de la mise en place d’une monnaie locale, – la bulle. Notre volonté politique est forte en matière de commerce. Nous avons initié un plan de relance commercial pour redynamiser notre tissu commercial au cœur de la cité. 

Les villes moyennes ne retrouvent-elles pas aujourd’hui une nouvelle dynamique face aux métropoles ? 

Depuis un certain nombre d’années, nous assistons à une évolution : nos concitoyens veulent vivre différemment et ces attentes se sont accélérées avec la crise sanitaire. Le taux de transactions immobilières n’a jamais été aussi haut que depuis l’arrive du virus Covid-19 ; leur nombre augmente d’année en année, donc cela montre qu’il y a un mouvement de fond. 

Aujourd’hui, nos concitoyens sont moins attachés aux grandes métropoles et recherchent des villes moyennes qui proposent une autre qualité de vie et une autre attractivité. Angoulême n’est pas une ville moyenne comme les autres, puisqu’il s’agit d’abord d’une ville-préfecture. Il y a par ailleurs un bassin industriel assez fort dont il faut se réjouir. Il nous faut encore accroître la communication et valoriser notre offre culturelle, qui n’a rien à envier à d’autres villes.

De nouveaux habitants viennent s’installer et sont en télétravail, mais je constate une évolution en termes d’emploi des métiers et des entreprises, qui ne trouvent pas à embaucher malgré les postes disponibles, des postes dont la qualification a augmenté avec les années.

Vous êtes président de la communauté d’agglomération du grand Angoulême, qui regroupe aujourd’hui 38 communes et plus de 140000 habitants. Quels sont les grandes priorités et les grands enjeux de ce mandat ? Comment concilier le développement économique et les grands enjeux environnementaux sur ce territoire ? 

Je considère que la transition écologique, énergétique, c’est d’abord une vraie politique de transversalité, qui oblige à réfléchir de manière globale. Nous avons la chance d’avoir des filières économiques fortes sur le territoire (filière de l’image, filière industrielle, avec notamment de l’hydrogène) ; il faut les porter et il faut également porter une nouvelle politique de tissu économique de proximité : l’agriculture locale, la consommation locale. Nous devons aller vers la plus grande autonomie alimentaire. 

Je ne nie pas que cette transition écologique soit difficile à mettre en œuvre, mais je demeure confiant, car tout cela fait son chemin de manière positive. Les chefs d’entreprise du territoire sont les premiers acteurs de cette transition sur leur propre modèle de production et leur propre stratégie. Évidemment, cela demande plus de concertation.