Tribune de Jean Dumonteil, secrétaire général du Global Local Forum, spécialistes des politiques publiques territoriales

Toujours avides de polémiques, les commentateurs politiques et les oppositions locales ont dénoncé les maires qui souhaitent présenter des budgets “genrés“, faisant apparaître dans les chiffres de leurs dépenses l’équilibre entre citoyens et citoyennes, c’est-à-dire habitants de la cité dans leur égale dignité. Au-delà du bruit médiatique de cette polémique française, n’allez pas croire que les budgets genrés ne sont qu’une nouvelle lubie de maires écolo comme celui de Lyon qui s’interrogeait sur la différence entre les subventions versées à l’Olympique Lyonnais, versions masculine et féminine. 

En 2005, le conseil de l’Europe rappelait que « la “budgétisation sensible au genre“ (BSG) est une application de l’intégration de la dimension de genre dans le processus budgétaire ». Cela se pratique depuis longtemps dans certains pays de l’OCDE comme l’Australie où les budgets genrés sont en vigueur depuis 1984. Selon un rapport de l’OCDE de 2017, 15 pays membres ont déjà introduit le “gender budgeting“ dans leurs politiques publiques, parmi lesquels l’Autriche, la Belgique, la Finlande, l’Islande, Israël, le Japon, la Corée du Sud, le Mexique, les Pays-Bas, la Norvège et l’Espagne. On ne peut que regretter le retard pris par les collectivités territoriales françaises dans ce domaine, même si quelques villes comme Brest pour sa politique culturelle ou Montreuil, pour sa politique sportive, avaient commencé une budgétisation sensible au genre. 

La nouvelle municipalité de Lyon n’est pas la seule à initier une démarche de BSG. La ville de Rennes, qui a été pionnière dans l’égalité femmes-hommes dès la mandature d’Edmond Hervé dans les années 1980, est en train d’établir une méthodologie et des outils pour apprécier si l’investissement public bénéficie proportionnellement autant à des femmes qu’à des hommes. Un diagnostic, des indicateurs et des objectifs, c’est le trépied de toute évaluation de politique publique et la politique d’égalité femmes-hommes doit évidemment en bénéficier. 

Plus généralement, toute politique locale doit s’accompagner d’indicateurs objectifs et cela ne va pas à l’encontre de l’universalisme républicain. Chiffres à l’appui, on se rend compte souvent des rééquilibrages à effectuer. La ville de Rennes s’y est déjà employée dans sa politique de temporalité (horaires d’ouverture des équipements et services publics, mobilités urbaines). Sous la précédente mandature, la métropole de Bordeaux a travaillé sur l’égalité femmes-hommes dans les mobilités urbaines. Ce sont des politiques au long cours et tous les indicateurs, à commencer par les indicateurs budgétaires, ne peuvent être que positifs. N’ayons pas peur des budgets genrés !

Pour aller plus loin, on peut utilement visionner les vidéos de l’ONG féministe belge “Le Monde selon les femmes“ qui œuvre à l’international pour un monde où les relations sont construites sur l’égalité, la diversité et la solidarité. https://www.mondefemmes.org/produit/videos-budgetisation-sensible-au-genre/