« La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes ».

Francis Ponge – Le parti pris des choses, Gallimard, 1967 

 
Le poète Francis Ponge (1889-1988) nous a invités il y a plusieurs dizaines d’années à une expérience inédite : regarder les objets qui nous entourent, les regarder vraiment, et pas seulement les voir ou les ignorer. Prendre le parti des choses, – ainsi que s’intitule son recueil de poèmes -, c’est leur apporter de la considération, prendre conscience qu’elles sont là, autour de nous, et qu’elles existent ; comme on prend conscience d’un paysage, d’un détail qui a changé ou d’une œuvre d’art. Le parti pris des choses n’est pas seulement une démarche littéraire ; avec ce recueil, Francis Ponge est peut-être l’un des plus philosophes de tous les poètes.
L’invitation de Ponge est on ne peut plus d’actualité. En effet, nous sommes, pour la majorité d’entre nous, confinés dans nos appartements ou nos maisons. Les notions de temps et d’espace ont un peu perdu leur sens, et avec elles, les sentiments de durée et de distance. Nous traversons les pièces, avec, parfois, de la lassitude. Ces décors inchangés se mettent à nous peser de plus en plus. Mais alors que nous croyons les connaître par cœur, Francis Ponge nous encourage à regarder pour la première fois ces objets que nous ne faisions que voir. Cette soucoupe, cette bouilloire, cette chaise, cette tranche de pain, ce lit, cette poignée de porte, ce pot de yaourt… Chacune de ces choses est une invitation au voyage, une histoire à raconter aux enfants, un inédit à découvrir. Nous sommes confinés ? Prenons le parti des choses !