Plus de place, de la lumière, un accès à l’extérieur…  Les résultats du sondage « Aux Confins du Logement » lancé par l’Institut des hautes études pour l’action dans le logement, IDHEAL[1], sont d’une édifiante simplicité. Ils révèlent ce que l’on sait sans trop le dire, mais qui a fini par sauter aux yeux de tous au bout de 55 jours d’enfermement : la taille compte !

De la place, voilà ce que réclament d’abord nos quelque 8000 répondants, en chiffres et en mots. Quelque 11% sont partis, au début du confinement, et 18% d’entre eux parce que leur logement leur paraissait trop petit. Ceux qui considèrent que leur lieu de vie a été un atout pendant cette crise vivent à 80% dans 90 m2 et plus. Grande surface et ressenti positif sont très clairement corrélés, Comme l’ont montré aussi de nombreux témoignages sur la difficulté à rester chez soi dans les grands quartiers d’habitat social dont les logements sont souvent sur-occupés, ou les immeubles récents construits dans des zones très denses. Seuls 11% des répondants considèrent que leur logement a rendu la période difficile, mais parmi eux, 92% vivent en appartement. Le fait de vivre dans un logement collectif n’a pas nécessairement un impact négatif, mais lorsque ressenti douloureux et habitat sont associés, c’est presque toujours dans des immeubles. A la question « qu’aimeriez-vous de plus si c’était à refaire ? », 20% répondent des mètres carrés ou une pièce supplémentaire.

Second impératif : la lumière. Les descriptifs de nouveaux aménagements, pour travailler ou vivre mieux la période reflètent très souvent l’envie ou le besoin de se rapprocher des fenêtres pour installer son bureau, pour avoir une vue, un horizon, une perspective et de l’air.

Suit logiquement l’envie irrépressible de mettre le nez ou un pied dehors, de faire le mur, de sortir tout en restant chez soi, par un balcon, une loggia, une terrasse ou un jardin. Selon l’Insee, toutes les maisons construites après 1975 ont un jardin, la moitié des appartements des immeubles collectifs ouvrent également sur un petit espace à ciel ouvert. Quelque 74% de notre échantillon disposent déjà de ce type de dégagement. Pourtant, ce souhait revient à 41% dans les raisons qui pousseraient les Français à déménager en cas de nouvelle crise ou pour l’anticiper. Une envie de nature qui redore ces temps-ci le blason des villes moyennes, dès lors qu’elles auront la fibre. Ces lieux qui permettent l’isolement ou au contraire la sociabilité avec les voisins, par-dessus la clôture ou sur le palier, sont essentiels. Les programmes de logements les proposent de plus en plus, mais généralement à partir des trois pièces. Or le besoin de prendre l’air est d’autant plus fort que le logement dans lequel on vit est petit. Sans parler, dans l’habitat ancien, de la mauvaise isolation, thermique ou acoustique, du manque de lumière du jour ou de la sur-occupation.

Ces résultats confortent des tendances connues par ailleurs. Mises en exergue par la période, elles pourraient être davantage prises en compte par les acteurs de la « fabrique de la ville ». A commencer par l’intégration au plan de relance de quelques exigences sur la qualité de l’habitat. Pourquoi ne pas imaginer par exemple que la CDC Habitat et In’Li, une filiale d’Action logement, chargées par le gouvernement de racheter quelques 50.000 logements à des promoteurs privés, imposent leurs conditions : espaces extérieurs, espaces partagés, grands logements, double orientation… ? Les plans de ces immeubles qui ne sont pas encore construits pourraient être modifiés avant le début des travaux. Une fois tous élus, les maires pourraient aussi se montrer plus pointilleux sur les logements édifiés sur leur territoire communal. Via leurs aménageurs, certains sont capables d’imposer l’utilisation de tel ou tel matériau dans des cahiers de prescriptions architecturales assez stricts, d’autres ont rendu obligatoires les balcons ou les loggias à tous les étages et c’est tant mieux. On lit moins souvent le relèvement des surfaces minimales qui n’ont cessé de diminuer depuis la seconde moitié du XXème siècle. Ajouter quelques mètres carrés constituerait pourtant un grand progrès. Les 9m2 minimum des chambres d’enfants obligent souvent à choisir entre un bureau et une armoire.

L’étroitesse croissante des appartements est depuis quelques années, « compensée » par des espaces partagés, mutualisés, mis à disposition des habitants d’une même copropriété. « Un faux-nez, voire un faux-cul », pensent Odile Seyler, Jacques Lucan et François Leclerc, auteurs d’une tribune récemment publiée dans Le Monde  intitulée « La taille et la qualité des logements doivent être un chantier auquel nous devrons nous atteler[2] ».

Le confinement nous a enfin montré aussi à quel point nos maisons étaient peu ou mal adaptées à une occupation 23 heures sur 24 par tous les membres de la famille et pour une bonne partie des activités pratiquées en temps normal à l’extérieur. Il n’y a pas assez de place quand il faut enseigner, travailler, faire du sport et toutes les formes de divertissement ou de loisir. L’habitat est-il fait pour ?  Non, car le logement, s’il s’arrête juridiquement au pas de la porte se prolonge en une série de cercles dont les limites sont accessibles à pied, à vélo, en transport en commun… Ils définissent les territoires du voisinage, des relations amicales, l’offre de services publics et privés de proximité, les commerces, l’accès à l’emploi. On habite son quartier, sa ville et avec les autres. Il est donc temps, aussi, que les politiques du logement, menées par des acteurs publics et privés, mais surtout tournées vers la production, prennent davantage en compte ces aspects sociaux et urbains. Que les professionnels ajoutent à leurs efforts sur les qualités intrinsèques des immeubles qu’ils construisent, en zone dense comme dans les territoires plus étalés, une réflexion sur les espaces publics, sur l’accès aux transports et sur la mixité sociale et fonctionnelle de la ville. Reconnaissant ainsi qu’une partie de la qualité de vie intérieure provient de l’extérieur.

 

[1] étude complète à télécharger ici : https://files.cargocollective.com/c642624/Aux-confins-du-logement—20200610.pdf

[2] https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/24/la-taille-et-la-qualite-des-logements-doivent-etre-un-chantier-auquel-nous-devrons-nous-atteler_6037651_3232.html