Christophe Borgel, Consultant

Abstention massive, poussée des écologistes, poussée de la gauche, une droite qui perd plusieurs grandes villes, mais qui reste majoritaire dans les villes de plus de 9000 habitants, un parti majoritaire qui échoue largement dans sa tentative d’implantation locale. Ces quelques constats décrivent à grand traits le second tour un peu fou qui s’est déroulé le dimanche 28 juin.

Un peu fou, car encore sous la peur de la COVID-19, qui explique en grande partie la très forte abstention, mais ne nous y trompons pas, même sans cette épidémie, le mouvement de hausse de l’abstention auquel on assiste depuis de nombreuses années aurait touché cette élection municipale.

Un peu fou, parce que l’on a vu des victoires que l’on considérait parmi les spécialistes des élections comme impossibles, la gauche dans le « 6-8 » à Marseille pour ne prendre qu’un seul exemple, mais il y en a eu bien d’autres ce dimanche.

Un peu fou, enfin, car la victoire de coalitions sociales et écologistes dans de nombreuses grandes villes avec celles, emblématiques, de Bordeaux, Lyon, Strasbourg et sans doute Marseille donne une coloration à cette élection. Mais mon propos n’est pas ici une analyse politique détaillée de cette élection municipale, mais de réfléchir à ce qu’elle signifie du point du développement des territoires.

On a senti chez bon nombre d’acteurs économiques une inquiétude devant cette arrivée de maires écologistes dans plusieurs grandes villes ou à la tête des Métropoles de Lyon et de Strasbourg. « Va-t-on connaître l’arrêt de la construction de logements, des projets d’aménagement, de développement d’équipements, d’espaces commerciaux, etc… ? »

A l’heure où la crise économique liée à la crise sanitaire est dans tous les esprits avec ses conséquences en termes d’emplois, de précarité, de faillite d’entreprises, ces questions sont légitimes. Elles le sont d’autant plus que la commande publique, les projets développés dans les territoires sont des bras de leviers pour une relance de l’activité. Elles le sont aussi, car on a vu fleurir ici et là des déclarations définitives sur l’abandon de nombreux projets. J’ai plaidé avec d’autres pour une vision du développement des territoires partagée entre les élus, les entreprises et les citoyens. Brice Soccol, dans une tribune récente, évoquait un « emménagement dans le territoire » nécessitant une véritable hybridation de la collectivité, de l’entreprise et du citoyen.

Alors, cette nouvelle donne dans les communes, les agglomérations, les métropoles peut conduire à un débat de posture entre les tenants de la transition écologique et ceux du développement économique. Je veux croire que ceci peut être dépassé, l’intérêt général des territoires est de s’engager fortement dans la transition écologique sans freiner leur développement. Au moment où de nombreuses entreprises sont engagées dans une réflexion sur leur raison d’être, sur des plans carbone, sur un travail d’innovation pour des constructions plus sobres en énergie, je sais que la prise en compte de l’intérêt général des territoires est au rendez-vous des projets de très nombreuses entreprises. Alors, j’ai envie de tenter de retourner certaines questions.

Peut-on combattre l’étalement urbain sans faire le pari d’une densification maitrisée ? Des exemples dans plusieurs grandes villes montrent que cela peut-être un chemin fécond. Il est acquis que le développement de grands projets de nouveaux centres commerciaux est en grande partie derrière nous, mais réfléchir sur le développement/transformation de certaines zones, en particulier « les boîtes à chaussures d’entrée de villes » n’est-ce pas justement reconstruire la ville sur la ville ?

Peut-on agir vite et fort sur les économies d’énergie dans les bâtiments sans les acteurs privés du BTP ? Peut-on construire un chemin commun entre les territoires et les acteurs privés pour développer des réseaux de chaleur dans de nombreuses communes ou cela permettrait une énergie moins carbonée et moins chère ? On pourrait multiplier les exemples dans de nombreux domaines.

Je veux croire qu’après un moment de méfiance sans doute incontournable, un partenariat fécond pour un développement des territoires peut se nouer dans cette nouvelle réalité. Certains diront que c’est un propos naïf, c’est en l’état la conviction d’un consultant dont on connaît les engagements et qui a choisi d’accompagner les acteurs privés dans le développement de leurs projets dans les territoires et pour les territoires.