Questions à Dominique Boulbès, Président du Groupe Indépendance royale

Vous êtes à la tête du Groupe Indépendance Royale, qui est l’acteur majeur du maintien au domicile des personnes âgées. Comment s’est développée cette aventure entrepreneuriale ?

 Après une première partie de carrière passée dans des grandes entreprises, Price Waterhouse, Sodexho, Brinks, comme DAF, DG et Président, j’ai décidé de tenter l’aventure entrepreneuriale en rachetant en 2007 une entreprise.

Quelles solutions proposez-vous aux personnes âgées et à leur famille ?

 Nous proposons d’équiper toutes les pièces de la maison avec des appareils qui retardent le plus possible, et souvent qui évitent, de partir en maison de retraite. Bien vieillir à domicile, c’est mettre en place une organisation qui comprend à la fois des services à la personne (ce n’est pas notre métier), et d’équiper son domicile. Ce peut être un monte-escalier, une douche à l’italienne pour remplacer une baignoire dangereuse, un lit ergonomique, un fauteuil releveur, etc. Nous équipons toutes les pièces du domicile.

Vous avez créé un Institut du Maintien à Domicile et un Fonds de dotation, le Silver Culture. Pouvez-vous nous en dire plus ? Comment pensez-vous le rôle de l’entreprise dans la Cité ?

 Depuis longtemps déjà, on parle de concilier l’économique et le social, donc la performance économique et le sens de l’humain. Lorsque j’étais étudiant à Sciences po dans les années 80, c’était déjà d’actualité. Depuis quelques années effectivement, un troisième « cercle » se rajoute, celui de l’engagement sociétal. Les citoyens attendent de l’entreprise qu’elle s’inscrive dans les changements en cours, que d’une certaine façon, elle soit aussi citoyenne. Nous nous engageons donc. Notre DG, Dorothée Ferreira, est présidente du Medef Limousin et membre du Conseil National Exécutif du Medef. Je suis pour ma part membre de Conseil national de la Silver Economie et administrateur du Synapse, un des deux syndicats professionnels. Les deux organismes cités ont été créés dans le même esprit, pour favoriser, et financer, des actions d’intérêt général en faveur du vieillissement.

Vous êtes basé à Limoges. Cet ancrage territorial est-il important pour vous ? Quels liens entretenez-vous, à la fois avec les collectivités locales, les habitants, les laboratoires de recherche et les autres parties prenantes locales ?

 Oui, l’ancrage territorial est clé, car il fait partie de l’identité de notre entreprise, on sait ce qu’on fait quand on sait qui on est…L’actualité récente montre que le retour vers les territoires est une volonté largement partagée par les Français, et traduite par le Président de la République dans le choix de son nouveau Premier ministre. Nous faisons partie de nombreuses structures. Notre DG est notamment mandataire patronale dans plusieurs institutions. Par ailleurs, nous finançons chaque année la chaire autonomie de l’université de Limoges.

Notre société n’a jamais eu autant de mal à accepter la vieillesse ; or, paradoxalement, il n’y a jamais eu autant de personnes âgées. Comment pourrions-nous changer de regard sur la vieillesse ? Pourra-t-on un jour parvenir à la « vieillesse heureuse » ? Qu’attendez-vous des législateurs concernant l’adaptation de la société au vieillissement ?

 La transition démographique est en cours, il s’agit d’un phénomène massif, inéluctable, irréversible, que nous connaissons à l’avance avec beaucoup de précision. Vieillir n’est pas facile en Occident, car nos sociétés développées sont toutes entières tournées vers le futur ; être retraité, désarrimé du monde du travail, c’est d’une certaine façon ne plus avoir d’utilité sociale… Or, c’est faux, les associations, les conseils municipaux fonctionnent largement avec des seniors. La loi Adaptation de la Société au Vieillissement était une première étape dans la prise de conscience des valeurs positives attachées à la seniorisation de la société, un acte 2 est attendu pour la fin de l’année.

Comment intégrez-vous à vos produits et services les outils technologiques ? En quoi la révolution numérique peut-elle être utile dans le sujet de l’indépendance des personnes âgées ?

 Il existe aujourd’hui toute une floraison d’outils technologique à destination des seniors. Les deux principales applications sont la télémédecine, qui a connu un très fort accroissement pendant le confinement, et la téléassistance. D’autres outils se développent, pour mettre en relation les seniors avec leurs familles. Nous travaillons actuellement à intégrer certains dispositifs numériques dans nos équipements physiques.

Étant données les évolutions démographiques, la silver economy va devenir de plus en plus stratégique. Comment voyez-vous cette économie dans 5-10 ans ?

La transition démographique est, avec la transition écologique, une des deux grandes lignes de force qui vont structurer les sociétés occidentales. Si l’on prend l’exemple de la France, nous sommes 67 millions de Français aujourd’hui, dont 50 de moins de 60 ans. Dans la génération qui vient, ce compteur des moins de 60 ans reste bloqué à 50. Les 7 millions de Français qui vont faire passer notre population de 67 à 74 millions ne sont donc que des seniors de plus de 60 ans. Dans d’autres pays, la situation est encore plus marquée : l’Italie, l’Allemagne, le Japon, voient leur population baisser chaque année ! Les entreprises doivent donc s’adapter. D’une part, certaines entreprises, comme Indépendance Royale, développent des biens et services spécifiquement destinés aux seniors. De l’autre, des entreprises qui, au départ n’avaient pas particulièrement une clientèle senior voient leurs clients vieillir… L’acheteur d’une voiture neuve a par exemple 56 ans… Dans notre livre « La Silver Economie », Serge Guérin et moi-même avions interrogé 60 entreprises particulièrement engagées dans le vieillissement. Mais globalement, le vieillissement de la clientèle est encore un « angle mort » des stratégies d’entreprise. C’est bien ce qui est en train de changer, la prise de conscience est de plus en plus rapide.