« Attendre des autres ce qu’ils ne peuvent pas vous donner revient à entrer dans une prison »

Marceline Loridan-Ivens

Nous attendons souvent beaucoup de ceux qui se trouvent dans nos vies. Que ce soient nos maris, nos épouses, nos enfants, nos parents, nos amis, nos collègues, nos concitoyens, nos congénères ou nos élus, nous leur demandons beaucoup. Cette phrase extrêmement poignante de Marceline Loridan-Ivens (1928-2018), – un être extraordinaire -, cinéaste française ayant été déportée à Auschwitz dans sa jeunesse, fait beaucoup réfléchir.

Ce n’est pas tant la quantité de choses que l’on demande aux autres qui pose problème que la nature de ces choses. On ne peut pas attendre d’un poisson qu’il sache marcher, ni d’un oiseau qu’il sache coudre; on ne peut pas leur reprocher de ne pas nous donner ce qu’ils ne peuvent pas nous donner. Avoir des demandes ou des besoins irréalistes à l’égard des autres crée une dépendance. Et par le cycle infernal du désir et de la déception, nous voilà enfermés en prison!

Être libre, c’est être lucide et responsable. Il est irresponsable d’attendre des autres ce qu’ils ne peuvent pas nous donner; et ce qu’ils ne peuvent pas nous donner, il faudra en prendre la responsabilité et aller le chercher nous-mêmes, le construire, le créer nous-mêmes. Nos rapports aux autres s’en trouveront assainis ; et notre liberté, retrouvée!

A l’heure où la crise sanitaire du Covid-19 démultiplie les attentes et les besoins, cette lucidité à l’égard des autres, quels qu’ils soient, ne sera pas seulement un mouvement de libération, mais aussi un acte de bienveillance.